22|03|16
Lucas Léglise

Ils font ema
Portrait étudiant

Je suis né et j’ai grandi à Chalon. Mes parents habitaient à 2 numéros de l’école, rue Fructidor. J’ai passé mon bac puis je suis parti à Paris pour aller à l’École de Communication Visuelle. J’y ai passé 3 ans. Ce qui m’intéressait à l’époque, c’était la mise en page et les sites Internet.  Ces 3 années ont été très enrichissantes, j’ai découvert dans les rencontres, par des professeurs et d’autres étudiants que l’art pouvait se cacher dans des gestes, des attitudes ou encore dans le fait de tracer des chemins dans l’herbe.

Je n’étais pas du tout parti au départ pour faire des études en Art et encore moins pour revenir à Chalon ! En même temps à Chalon, j’ai découvert une école complètement flexible. C’est ça qui m’a plu. Partout, je rencontrais des murs administratifs, alors qu’à EMA il y avait la possibilité d’exister. Je suis rentré en 3ème année, dans l’atelier de Lilian Bourgeat, Laurent Montaron et Evariste Richer, ça été tout de suite génial. C’est la rencontre avec ces 3 artistes qui m’a propulsé. Je pense que j’étais en attente d’échange. À l’école à Paris, j’étais bloqué derrière des ordinateurs. À Chalon j’ai eu tout de suite la liberté de m’exprimer. Je pense que mon expérience précédente était importante car elle avait généré des frustrations.

Quand je suis arrivé, j’ai proposé à tout l’atelier de construire un habitat nomade des années 70. On en a fait une exposition à la fin du premier semestre. On a donc attaqué tout un travail sur le bois, le métal dans l’atelier. Je n’ai jamais refait de travail aussi physique dans mon cursus, je pense que j’en avais besoin pour marquer un changement. Aujourd’hui je me suis un peu éloigné de ces pratiques. Je m’intéresse plutôt à des choses conceptuelles. Je fais de la sculpture issue de ready-made et je me passionne pour les objets.

Je trouve toujours cela fascinant que l’on ait pu faire quelque chose au lieu de rien du tout. Dans le fond mon penchant naturel serait de ne rien faire du tout, alors je suis toujours étonné devant un objet fabriqué. Je me pose toujours la question de l’histoire des objets : leur créateur, l’histoire du design, le pourquoi du comment et ce qu’ils vont dire du monde.  

Je fabrique peu de choses en fait. Je mets en regard ces choses fabriquées. Pour mon diplôme, j’ai présenté une partie du carrelage de l’université de Liège. Cette université a été construite dans les années 30 et a été détruite récemment. J’ai récupéré une partie du carrelage en béton, assez quelconque en fait. Mais c’était une université du Génie Civile. Tout un tas de personnes ici se sont demandées comment aménager le territoire, construire des ponts, détourner des rivières. Ce que je voulais, c’était d’arracher un morceau du territoire aux gens qui pensent le territoire du monde. Ce qui m’intéressait plus sensuellement, c’est que ce carrelage avait déjà des allures de carte, il a un motif un peu étonnant. C’est une mosaïque, la cellule d’un cerveau qui pense.

J’ai prélevé un rideau de train Corail pour mon diplôme, que j’ai présenté comme un tableau, à hauteur du regard. C’est un rideau des trains des années 70, qui sont rouges, ou jaunes, ou bleus. Les plis de ces rideaux sont déjà comme les vallées et les montagnes d’un paysage qui masque le vrai paysage. Cet objet est aussi arraché aux souvenirs de la France industrielle. Ces souvenirs sont aujourd’hui un peu fatigués.

Je m’intéresse au travail de Roger Tallon, (le designer des trains Corail), Raymond Lévy qui ont tout deux oeuvré dans les transports en fait. J’adore l’histoire des transports. Mon travail va plutôt un peu dans le sens de Christopher Williams, sur l’envers de la photographie. Il fait travailler des agences et imagine la mise en scène. Il est à mi-chemin entre le ready-made et la photographie. Jason Dodge et sa poésie visuelle m’interpelle aussi.

PARIS ET CHALON

J’ai passé mon DNAP l’été dernier. Aujourd’hui, je suis aux Beaux-Arts de Paris et Chalon en même temps. Il y a un effet stéréo qui étonne un peu quand j’annonce cela. En même temps je trouve ça très cohérent et simple. Je suis assez libre et je vais collecter ce qui me plait dans les deux endroits. Des regards notamment. Je ne m’enlise jamais.

Ce sont deux écoles assez semblables. Nous sommes un peu laissés à nous-même, mais dans le meilleur sens du terme. Les points communs entre les beaux-arts de Chalon et de Paris viennent peut-être du fait qu’elles sont les deux seules écoles en France a être dirigées par des artistes.

J’ai décidé de partir au Japon, tourner un film et rejoindre mon amie qui fait une exposition à Tokyo. Durant ce voyage, je veux tourner un film sur le thème de mon mémoire « Les architectures sans fenêtre ».  Cela paraît bizarre, mais dans les années 70, il y a eu beaucoup de choses autour de l’architecture des bunkers, pour se protéger, ou vivre introverti. Au Japon, il y a des habitations sans fenêtre. La lumière vient du plafond ou par d’autres moyens. Il y a un côté forteresse et solitude que je trouve assez poétique. Pendant tout le mois de Février je serai au Japon pour collecter des images. Ce sera la matière de mon mémoire sur ces formes aveugles. Tout reste à faire, mais j’ai posé les premières recherches.

Je vois déjà les prémices d’un monde professionnel futur. Moi, je voudrais être artiste. Je ne sais pas si c’est une chose professionnelle, mais c’est une chose, dans l’absolu. J’ai emmené un enseignement de Chalon avec moi : ne pas être un élève et ne pas être dans l’attente. J’espère donc que je ne deviendrai jamais un professionnel qui fait les choses par demande. J’ai l’espoir de suivre des routes plus sinueuses.

l.egl.i.se

Visuel :  Les paysages de Bourgogne ( 100 x 60 cm, 2015)