16|09|15
MANA KIKUTA

Ils font ema
Portrait étudiant

Je viens du Japon et je suis née à Hiroshima. Après y avoir vécu 18 ans, je suis partie à Tokyo pour entrer à l’université et étudier la photographie pendant 4 ans avec une spécialisation en communication visuelle. J’ai ensuite travaillé en tant que photographe éditoriale pendant 4 années supplémentaires et j’ai réalisé des portraits pour des magazines et des webzines.

Lors d’un passage à Hiroshima, je me suis rendue au musée et j’ai rencontré Dominique Pasqualini qui était invité dans le Cadre d’ Hiroshima Art Document, et qui donnait un concert avec des membres de l’équipe d’EMA (Jacques Vannet, Jérémy Ledda et Clément Delhomme). À ce moment de ma vie, je souhaitais partir à l’étranger pour une expérience, mais je n’avais aucune idée de ma destination. Le fait d’avoir rencontré des français m’a décidé à partir en France !

J’ai commencé par une année à Arles en résidence artistique, puis j’ai voulu diversifier ma pratique artistique et EMA était l’école pour le faire. Au début je me suis inscrit en 6ème année pour essayer de voir quelle était mon équivalence ici, mais je suis finalement repassé en 5ème année et j’ai obtenu mon diplôme début juin.

J’aime la liberté qu’on me donne ici par rapport à l’enseignement au Japon. Cela responsabilise les étudiants, il faut donc être motivé pour travailler. Il y a une frontière plus importante au Japon entre les professeurs et les étudiants. L’idée de venir en France était de sortir de l’éducation artistique Japonaise, qui est une grande île, certes, mais une île quand même. Je pense qu’il y a en Europe une possibilité d’ouverture et une proximité géographique avec les autres pays qui rendent les choses plus faciles. Chalon est aussi la ville de la photographie et je me rends souvent au musée Niépce qui est très calme, c’est dommage qu’il n’y ait pas plus de visiteurs !

À EMA, je travaille surtout la vidéo, la photo, la sculpture et la performance. Mon sujet est “la disparition de la mémoire”.

Pour ma pièce sur Hiroshima, j’ai choisi une photo de monument, je l’ai imprimé, encadré puis j’ai refait une photo de cette photo encadrée. J’ai répété cette étape jusqu’à obtenir 70 reproductions. Cela crée un rétrécissement de l’image dans son cadre et donc  un effet de disparition. Ce chiffre 70 n’est pas dû au hasard, c’est le 70ème anniversaire du bombardement atomique.

Je me promène moins qu’avant avec un appareil photo en bandoulière, j’aime réfléchir à mon sujet, au concept. J’ai fait une série complète avec des monuments dans des cimetières, à Chalon notamment. Je l’ai fait aussi avec la photo de Charlie Hebdo, place de la Bastille, qui n’a qu’un cadre. Mon travail sur ces tragédies à pour but qu’elles ne se reproduisent pas, tant que la mémoire ne disparaît pas.

Il y a beaucoup d’artistes qui m’inspirent comme Darren Almond pour ses installations vidéo ou Tokomo Yoneda pour son travail photographique intense. L’année prochaine, je souhaite aller à Paris et travailler. Je n’ai pas d’idée précise pour le moment, mais je veux continuer à travailler mon art et finir d’écrire mon mémoire à EMA.

cargocollective.com/mannakikuta